Paradoxes algériens. A 1940, la France avait été : défaite, outragée, martyrisée, colonisée par les nazis, réduite à collaborer avec ses vainqueurs. Et voici 136000 indigènes courir vers ses casernes pour s’y engager dans son armée en déroute, offrir généreusement leur poitrine à la mitraille de son occupant pour la défendre, la libérer, rehausser son honneur et renforcer son empire qui les opprimait, rabaissait au rang de sous-hommes. Au moins 12000 d’entre eux laisseront leur vie sur des champs de batailles européens. Des dizaines de milliers d’entre eux reviendront d’une guerre qui ne les concernait pas estropiés à vie.
Le 8 mai 1945, des algériens, parmi eux des vétérans revenus des champs de bataille blessés, avec des plaies encore béantes et douloureuses, leur poitrines décorées de médailles et de breloques, ont tenté de manifester à Sétif leur légitime désire de vivre comme des hommes à part entière, comme citoyens dans Algérie libre et souveraine. Parmi les manifestants, un garçonnet portait le drapeau algérien. Des gendarmes voulaient le lui confisquer. La maire de la vielle s’interpose et tente parlementer. Tandis les gendarmes abattaient à coups de fusils de guerre : et le porte drapeau et le maire de la ville et plusieurs manifestants.
Le Général de gaulle, le plus illustre des résistants français, alors président du conseil de l’empire, alignait toutes ses forces : terrestres, maritimes et aériennes, polices, milices… pour réprimer des manifestants pacifiques, faisant plusieurs dizaines de milliers mort, notamment à Sétif, Guelma, Kherrata.
Pendant la guerre de libération (1954-1962), plus précisément en juin 1961, soit à peine une année avant la décolonisation de l’Algérie, selon plusieurs sources concordantes et bien informées, les rangs des nationalistes algériens, à l’intérieur du pays, comptaient, tout au plus, 5000 combattants : à moitié nus, sous équipés et sous alimentés. Tandis les différents corps de l’armée coloniale débordaient de pas moins de 160.000 indigènes, engagés volontaires.
La politique est mal sociale nécessaire. Dire que les hommes politiques sont : opportunistes, claniques, régionalistes, menteurs, autoritaire, violents, ambitieux, narcissiques, assoiffés de pourvoir… relève de pléonasmes ne devrait choquer personne. Cependant, ‘Algérie a vu naître sur son sol des politiciens qui ont confondu ou qui confondent encore stratégie politiques et finasseries tribales.
Classe politique finassière et tribales. L’histoire d’Algérie restant à écrire, les versions officielles servies par un pouvoir sans légitimité, relais et leurs mentors français devraient être appréhendées sinon avec suspicion du moins avec réserve. Par conséquent, toutes les hypothèses sur une histoire qui reste à écrire devraient restées ouvertes.
Quelques repères qui devraient être connus de tous ceux qui s’intéressent aux : « Evènements d’Algérie. » En 1954, les populations algériennes étaient grossièrement représentées par les courants politiques et associatifs suivants, que nous citons dans un ordre décroissant : PPA/MTLD, oulémas (association), UDMA, PCA, libéraux européens. Les leaders des trois premières organisations étaient présidées, respectivement, par : Messali el Hadj, Bachir el Ibrahimi et Ferhat Abbas.
Ferhat Abbas est issus d’une famille de notables de la colonisation : de caïds et bachagas, il était tellement colonisable et colonisé, de corps et d’esprit, que pour lui l’Algérie algérienne n’avait jamais existée et qu’elle n’existerait jamais. Il traitait ceux qui luttaient pour sa libération du joug colonial d’idiots et des utopistes. Il n’était pas prêt à se sacrifier pour une chimère. Pour lui l’Algérie était française et ses ancêtres gaulois. Il voulait vivre et mourir français.
Les oulémas, du moins certains d’entre eux, étaient proches de Ferhat Abbas dont ils partageaient sa politique et son idéologie de soumission à l’ordre colonial établi.
Le seul mouvement politique indépendantiste était le PPA/MTLD présidé par Messali el Hadj. Il s’agit alors d’un mouvement trentenaire. Plusieurs fois dissous par l’administration coloniale. En 1954 se trouvait exposé à une crise politique et à la faillite financière. Les centralistes vont faire cession, créer leur mouvement propre. A noter que ce mouvement de transfuges du PPA/MTLD était : « Intellectualiste », sans ancrage dans la société ni militants de base. Il survivait grâce aux acquis du PPA/MTLD historique ses locaux, élus, etc.
Quant au courant messaliste, il était tiraillé entre deux tendances indépendantistes, modérée et radicale. La première était pour l’action du levier politique pour accéder à l’indépendance de l’Algérie et la seconde, les futurs « Novembristes », pour l’action directe, la violence pour atteindre le même objectif.
Par ailleurs, en 1954, la France, la 4ème République, traversait l’une des crises politiques des plus graves de toute sa longue histoire. Elle se trouvait donc tiraillée entre de nombreuses tendances politiques : droite, gauche, résistants, collabos, les pour et les contre le maintien de l’Algérie française. Par ailleurs, les « Evènements d’Algérie » vont vite devenir l’instrument de prise de pouvoir en France ou un booster de partis politiques en manque d’audience. Sans la crise algérienne, le général de Gaulle ne serait jamais revenu aux affaires. Comme nous allons le voir, toutes les tendances politiques hexagonales trouveront des supplétifs parmi de pseudo nationalistes algériens.
A 1954, les messalistes radicaux, les futurs « Novembristes» font part aux autres tendances politiques algériennes : messalistes modérés, centralistes, oulémas, Udmiste (Ferhat Abbas), de leur décision de passer, incessamment sous peu, à l’action armée en vu de libérer l’Algérie. Ils ont sollicitent d’eux sinon une participation physique à la révolution du moins un soutien : matériel, morale et politique. Ces partis, que nous allons appeler les « Politiciens d’Alger », ont opposé aux va-t-en-guerre un refus franc, massif et catégorique.
Une fois la date du passage à l’action directe prise au Caire par la délégation extérieure du futur FLN, les centralistes ont envoyé en Egypte Hocine Lahouel et Mohamed Yazid pour les faire revenir sur leur décision. Quant aux oulémas, par la voie de leur président, Bachir el Ibrahim, qui se trouvait exilé au Caire, il s’était approché de l’administration de Djamel abd al Nasser et de la ligue arabe afin qu’ils refusent tout soutien aux révolutionnaires algériens. Suite à l’ouverture des hostilités du premier novembre 1954, à partir du Caire, par la voix des ondes de la radio internationale : « Saout el arabe min al Qahira », le même cheikh avait qualifié les révolutionnaires algériens : « De vauriens à manier avec des pincettes. » Indirectement « D’égorgeurs de femmes et d’enfants », « D’incendiaires de récoltes et de coupeurs d’arbres fruitiers… »
Quant à Ferhat Abbas, à partir d’Alger, il avait déclaré, dans les jours qui ont suivi le premier novembre, qu’il était : « Contre la violence d’où qu’elle vienne. » Comparant ainsi une l’odieuse violence coloniale qui sévissait depuis 125 ans, qui avait fait plusieurs millions de victimes : morts, handicapés, blessés, réduits à l’ignorance, exilés, à la violence légitime d’un jour, du premier novembre 1954, qui avait fait, tout au plus, 10 victimes : morts et blessés.
A 1955, en France, la SFIO, parti de Guy Mollet, était arrivé au pouvoir avec un programme de recherche d’une solution politique au conflit algérien. Officiellement, le gouvernement Guy Mollet envoyait des renforts en Algérie pour « Rétablir l’ordre. » Discrètement, il avait envoyé en Egypte son ministres des affaires étrangères, Antoine Piney, pour solliciter l’administration égyptienne afin organiser des prises de contacte entre un émissaire du gouvernement français et des représentants de la révolution algérienne. Trois ces rencontres auront lieu en Egypte. D’autres, plus étoffées, avec les mêmes parties et pour le même objectif, auront lieu, en 1956, à Belgrade (Yougoslavie) et à Rome (Italie.)
A partir de 1955, une fois convaincus que l’Algérie était en voie de décolonisation, nous allons voire que les politiciens d’Alger vont se livrer un jeu : politiquement incorrecte, stratégiquement et moralement détestable.
La même année (1956), la direction extérieure du FLN préparait la conférence de Tunis pour mettre, sinon immédiatement un terme à un conflit sanglant et dévastateur du moins l’abréger de quatre années, des années des plus sanglantes et des plus dévastatrices.
Malheureusement : la coalition des politiciens d’Alger, cochés par l’administration Jacques Soustelle, par un gaulliste, vont se mettre en scène pour capoter la conférence de Tunis et prolonger la guerre d’Algérie et l’agonie du peuple algérien d’au moins quatre longues années.
Dans notre prochaine note nous traiteront la structure, les principales personnalités qui ont composé la coalition des « Politiciens » d’Alger et leurs néfastes démarches politiques.





