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Mercredi, 28 Décembre 2011 11:48

Incantations algériennes sur la question de la mémoire

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Le pouvoir d’Alger agite, à chaque fois qu’il est en mauvaise posture ou que les règlements de compte font rage en son sein, la criminalisation du colonialisme. Le ministre des Moudjahidine, Mohamed Chérif Abbas, qui aime bien se promener sur les Champs-Elysées considère que « cette revendication populaire est plus que légitime, c’est un devoir envers la mémoire des Chouhada. »

Ce devoir de mémoire a été bafoué dès la signature des accords d’Evian qui comportaient une clause d’amnistie des crimes liés à la guerre commis en Algérie, bafoué aussi par la dictature qui a usurpé le droit du peuple algérien à s’autodéterminer, le réduisant à un état d’asservissement. Honorer la mémoire des Chouhada, c’était d’abord respecter le serment du 1er Novembre dont la lettre et l’esprit ont été outragés et corrompus.

L’abaissement du peuple depuis le commencement a naturellement entraîné l’abaissement de l’Etat et son insignifiance sur la scène politique mondiale. Principe de l’interaction, la politique intérieure de l’Algérie ne pouvait qu’avoir des conséquences néfastes sur sa politique étrangère. Un Etat faible ne peut conduire une action forte à l’extérieur. Ce conflit mémoriel entre l’Algérie et la France relève de la souveraineté de notre pays qui doit cesser d’agiter épisodiquement le chiffon rouge sans prendre aucune mesure législative.

Alors que les autorités algériennes sont exclusivement dans le discours, l’incantation et la protestation stérile, les autorités françaises agissent et votent des lois notamment celle du 31 juillet 1968 portant amnistie de l’ensemble des crimes commis pendant la guerre d’Algérie et celle du 23 février 2005 sur le rôle positif de la colonisation. A la suite de l’adoption de cette dernière loi par le Parlement français, les menaces de certains « députés » algériens de déposer une proposition de loi criminalisant le colonialisme sont restées lettre morte. Simple agitation qui montre la pusillanimité du pouvoir à affronter l’ancienne puissance coloniale sur le terrain de la mémoire, de l’histoire et de la justice.

Malgré les récriminations et les pressions de la Turquie, la loi condamnant la négation du génocide arménien en 1915 proposée par une seule députée a été adoptée, ce jeudi 22 décembre, à l’Assemblée nationale française. Qu’est-ce qui a empêché que la loi de criminalisation de la colonisation non seulement n’a pas été approuvée mais elle n’a même pas été déposée sur le Bureau de l’Assemblée populaire nationale. Preuve s’il en est que l’Algérie n’est pas souveraine contrairement à la « France [qui] définit souverainement sa politique […] et ne demande pas l’autorisation, [elle] a des convictions, des droits de l’homme, le respect de la mémoire », a répliqué Nicolas Sarkozy à Tayyip Recep Erdogan, le Premier ministre turc. A entendre le chef de l’Etat français, l’Algérie qui n’aurait pas de convictions devrait demander l’autorisation pour légiférer sur les questions de mémoire.

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Brahim Younessi

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