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Islam et Libération de l'Algérie: Introduction

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Abdelkader SAHRAOUI :

Par le soulèvement du 1er novembre 1954, l’Algérie déclencha une guerre de libération. Cette nation, elle-même un produit du nationalisme européen, sut utiliser  avantageusement les matériaux politiques et idéologiques à sa disposition pour obtenir l’évacuation des occupants colonialistes. Le peuple algérien était motivé avant tout par l’islam, qui lui offrait une vision du but communautaire ancrée dans une image évocatrice de la réalité sociale.

 

Sans pour cela faire œuvre d’historiographe de l’islam, il est important de saisir dans son essence le message porté aux hommes par le Prophère Mohammed. Ce message unit deux aspects  fondamentaux de la nature humaine : le spirituel et le temporel. Ainsi, la Umma de l’islam devait unir les Musulmans pour une responsabilité globale dans l’organisation de la société en relation étroite et permanente avec l’Universel, avec Dieu.

 

Cet idéal fut très tôt repoussé au profit de considérations régionales de pratique politique. Depuis la disparition du Prophète (632) la considération universaliste de l’islam ne cessa de diminuer au profit des nationalismes et des particularismes qui continuaient à se légitimer par l’islam.

Le processus qui aboutit à la manipulation de l’islam à des fins politiques à court terme et qui s’écartent de l’islam, commença avant même la disparition du Calife ‘Uthman en 656.  Il suffirait de citer pour toute illustration l’élévation du calife considéré d’abord comme primus inter pares, le successeur du Messager autorisa qu’on se réfère à lui comme étant le « Calife de Dieu », ce qui ne tarda pas à sanctionner la transformation du califat en royauté et à réduire la part faite à la consultation du peuple (Shoura).

De même, le rôle des Arabes dans l’islam est un point critique, l’islam devant être non une monocratie divine nationale (arabe), mais une monocratie divine universelle. Les Musulmans Arabes avaient continué à faire valoir leur ascendant datant du tribalisme pré-islamique (jahiliya) jusque sous le règne des Abassides (750) lorsque des traditions persanes furent adoptées par les Umayyades.

Cependant, si l’arabisme recula temporairement au-devant d’autres particularismes, il connut un regain de vigueur sans précédent dans les théories nationalistes modernes. L’islam y étant considéré comme un lien culturel et émotionnel soudant les Arabes, même des théoriciens arabes chrétiens ont pu l’intégrer dans une idéologie nationale dont les buts socio-économiques sont envisagés purement en termes séculiers.

Mais il s’agit bien là d’une déformation de l’islam : le nationalisme ne peut constituer une réalisation politique partielle de la solidarité islamique à moins que celle-ci ne soit réduite à tort à une loyauté à la société islamique en tant qu’entité culturelle.
Ne pouvons-nous pas dire que tout nationalisme articulé en pays musulman et qui ne soit pas conçu comme moyen d’unification de la Umma, est contraire au message temporel de l’islam ?

L’islam, unissant le spirituel et le temporel, un exclusivisme régional qui s’exprimerait dans le nationalisme (forme d’ethnocentrisme par excellence) ne mettrait-il pas cette catégorie de musulmans – même dans le cas d’une observation stricte du rituel – en de l’islam ?
Dans le cadre de ces recherches, il conviendra de se demander si le peuple algérien a tenté pendant la colonisation et la Guerre de Libération de participer à la renaissance de l’Empire musulman. L’Algérie indépendante adhère-t-elle au principe de l’unité politique des Etats musulmans ?

La réflexion sur ces deux questions devra permettre de trouver la réponse au problème de savoir si la guerre d’Algérie a été une révolte ou une révolution, c'est-à-dire de savoir s’il s’est agi d’un simple rejet du statu quo, de l’autorité politique française et de la règle sociale coloniale (permettant ultérieurement une perpétuation u système hérité du colonialisme, mais cette fois entre les mains des Algériens) ou s’il y a eu un changement radical et irréversible, le résultat d’un choix basé sur l’invocation de valeurs jugées préférables à celles imposées jusqu’alors. Et s’il faut parler de révolution, en quel sens ? De nos jours, une étiquette socialiste suffirait pour toute justification. Mais aucun parti socialiste organisé n’a participé à la Guerre de Libération algérienne. Et si l’on a assisté à des changements révolutionnaires sur le plan économique, ils le sont nettement moins sur le plan socio-politique dans un pays où un parti unique détient le monopole doctrinal des alternatives politiques.

Si nous admettons la laïcisation du mouvement nationaliste algérien, la manipulation des masses au nom de l’islam est permissible dans le mouvement nationaliste arabe contemporain : l’Algérien retrouve ses ancêtres ethniques et surtout idéologiques en Massinissa et Jugurtha ; l’Egyptien chez les Pharaons ; le Syrien dans les civilisations antiques du Tigre et de l’Euphrate ; l’Iranien en Darius, etc… sans pour cela que ces mêmes nations ne renoncent à leur entité « islamique » dans le discours.

Nous prendrons comme prémisse l’existence de la particularité algérienne qui exprime le démantèlement de l’Empire musulman. Nous suivrons la démarche des historiens nationalistes laïques sans perdre de vue l’objectif qui consiste à rechercher dans ce particularisme algérien la volonté d’utiliser le combat libérateur et l’indépendance du pays pour renforcer la renaissance de l’Empire des Etats islamiques.

Cette particularité, ce particularisme algérien, qui prendra plus tard la dénomination de « nation », doit être étudié sur le plan de l’histoire afin d’élucider l’aspect dynamique de la naissance d’une nation, contrairement aux thèses qui défendent la présence des nations dans l’absolu.

Abdelkader SAHRAOUI : Algerienetwork

Lire le dossier au complet :

Abdelkader SAHRAOUI : Islam et Libération de l'Algérie

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