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Tunisie : l'opposant historique Moncef Marzouki va devenir président

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Défenseur des droits de l'homme et opposant de toujours à l'ancien régime de Ben Ali, Moncef Marzouki, dont il est prévu qu'il accède à 66 ans à la présidence tunisienne, est réputé pour son intransigeance et ses talents de tribun, mais reste critiqué pour son alliance avec les islamistes. Visage brun taillé à la serpe, grosses lunettes qui font le délice des caricaturistes, Moncef Marzouki préside le Congrès pour la République (CPR), un parti de gauche nationaliste qu'il a fondé en 2001.

Ce parti a réalisé le deuxième score aux élections et remporté 29 sièges (contre 89 à Ennahda) dans l'Assemblée constituante, validant la stratégie de Marzouki qui s'était rapproché dès l'été des islamistes d'Ennahda. L'homme est tranchant, ses phrases font souvent mouche. Salué par les uns comme "une personnalité intègre" au "parcours irréprochable", il est critiqué par d'autres qui lui reprochent d'être "le pion d'Ennahda" ou ne lui pardonnent pas de s'être déclaré candidat à la présidence de la République trois jours après la fuite de Ben Ali, le 14 janvier.

Médecin

Né le 7 juillet 1945 à Grombalia, à 40 kilomètres au sud-est de Tunis, Moncef Marzouki est médecin de formation, spécialiste en neurologie et santé publique. Docteur en médecine de l'université de Strasbourg en 1973, il a été professeur de médecine à l'université de Sousse (sud-est) de 1981 à 2000. Très engagé en faveur des droits de l'homme, il entre en 1980 à la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), dont il deviendra président neuf ans plus tard, avant d'en être exclu en 1994, lorsque les partisans de Ben Ali reprennent le contrôle de l'organisation.
Il présente une candidature de témoignage à la présidentielle de 1994, avant d'être emprisonné, privé de passeport. Après la création du CPR, il est contraint à l'exil et se réfugie en France, où il poursuit le combat contre le régime de Ben Ali. Il ne reviendra en Tunisie qu'après la révolution. Au fil des ans, il s'est peu à peu écarté de ses compagnons de route, défenseurs des droits de l'homme et autres opposants de gauche, qui ne lui pardonnent pas une "déclaration de Tunis" signée en 2003 avec notamment des islamistes d'Ennahda qui ne fait plus mention de laïcité.

"Ennahda n'est pas le diable" (Marzouki)

Si son positionnement de gauche n'a jamais varié, il s'est en revanche rapproché des islamistes, notamment sur la question de l'identité arabo-musulmane, qu'il a brandie haut et fort pendant la campagne pour les élections. Quelques mois avant le scrutin, il fustigeait "la vieille gauche laïcarde et francophone, totalement déconnectée des vrais problèmes de la société tunisienne". Au lendemain du scrutin, il réfutait les critiques de ceux qui l'accusaient d'avoir "pactisé avec le diable" : "Non, non, non, Ennahda n'est pas le diable (...), il ne faut pas les prendre pour les talibans de la Tunisie, c'est quand même une fraction modérée de l'islamisme", déclarait-il. Tout en soulignant qu'il y avait "des lignes rouges" sur lesquelles il ne transigerait pas : "les libertés publiques, les droits de l'homme, les droits de la femme, de l'enfant".

"Islamiste ne veut pas dire terroriste. En Tunisie, l'islamisme est un mouvement conservateur de droite avec une connotation religieuse", déclarait-il encore récemment à Mediapart. Divorcé de sa femme, Moncef Marzouki est père de trois enfants. Il a publié une quinzaine de livres, certains en français. Parmi eux figure Dictateurs en sursis. Une voie démocratique pour le monde arabe, écrit avec le sociologue français Vincent Geisser et publié en 2009

Source AFP/Le Point

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